Du baroque de Gaspar Sanz aux études de Leo Brouwer, le répertoire guitare classique couvre quatre siècles de musique écrite pour un instrument soliste. Fernando Sor et Francisco Tárrega en ont fixé le socle, Andrés Segovia l'a fait entrer au concert, et une grande partie des partitions se trouve aujourd'hui gratuitement, en document PDF du domaine public.
- Socle du XIXe siècle
- Sor, Giuliani, Carcassi, Aguado, Carulli : études et pièces progressives, presque toutes libres de droit.
- Sommets du concert
- Tárrega, Barrios, Villa-Lobos, Rodrigo, Ponce, Brouwer.
- Partitions gratuites
- Le domaine public commence 70 ans après la mort de l'auteur : Sor et Tárrega oui, Villa-Lobos ou Brouwer non.
Avant le XIXe siècle : luth, vihuela et guitare baroque
La guitare classique à six cordes simples n'apparaît qu'à la fin du XVIIIe siècle, mais son répertoire puise plus loin. Les guitaristes jouent volontiers la musique de la vihuela espagnole (Luis de Narváez, Alonso Mudarra), celle du luth anglais de John Dowland et surtout les suites pour luth de Johann Sebastian Bach (BWV 995 à 1000), transcrites pour la guitare. La musique de la Renaissance et les pièces de clavecin de Jean-Philippe Rameau passent aussi très bien sur six cordes, en solo ou en duo. Sylvius Leopold Weiss, luthiste allemand contemporain de Bach, fournit des suites et des tombeaux très joués en concert.
La guitare baroque, à cinq chœurs, a son propre corpus : Gaspar Sanz en Espagne, Robert de Visée à la cour de Louis XIV, Francesco Corbetta. Ces pièces demandent une adaptation de la notation musicale d'origine (tablature italienne ou française), ce qui explique que l'on passe presque toujours par une édition moderne. Pour comprendre ce passage d'un système d'écriture à l'autre, il est utile de savoir lire une tablature et la comparer à la portée.
Le XIXe siècle, âge d'or de la guitare romantique
Entre 1800 et 1850, Paris et Vienne deviennent les capitales de l'instrument. Le guitariste espagnol Fernando Sor (1778-1839) s'installe à Paris, où il publie ses études, ses sonates et ses Variations sur un thème de Mozart, opus 9 ; sa méthode de 1830 reste une référence sur la position et le son. Dionisio Aguado le rejoint à Paris et laisse une méthode tout aussi lue. À Vienne, l'Italien Mauro Giuliani écrit des pièces brillantes, les 120 arpèges de l'opus 1 et trois concertos pour guitare et orchestre. Le violoniste Niccolò Paganini, lui-même guitariste, laisse une Grande Sonate en la majeur et de nombreuses pièces en solo ou avec violon, moins connues mais d'une écriture très idiomatique.
Matteo Carcassi et Ferdinando Carulli, eux aussi établis à Paris, composent l'essentiel du répertoire pédagogique : les 25 études mélodiques et progressives opus 60 de Carcassi accompagnent encore la plupart des élèves de deuxième et troisième année. Napoléon Coste, élève de Sor, prolonge cette guitare romantique jusqu'au milieu du siècle. Toutes ces œuvres sont depuis longtemps tombées dans le domaine public.
Tárrega, Llobet et l'école espagnole
Francisco Tárrega (1852-1909) donne à l'instrument une écriture de concert et une technique moderne. Recuerdos de la Alhambra, étude de trémolo en la, Capricho árabe, Lágrima et Adelita figurent dans presque tous les programmes. Il transcrit aussi Albéniz, Granados, Chopin et Beethoven, ce qui ouvre la voie aux transcriptions de piano : Asturias et Granada d'Isaac Albéniz sont aujourd'hui plus jouées à la guitare qu'au clavier.
Son élève Miguel Llobet harmonise les Canciones populares catalanes, tandis qu'Emilio Pujol transmet la méthode de Tárrega. Côté espagnol, Federico Moreno Torroba (Sonatina, Castillos de España) et Joaquín Rodrigo prolongent cette lignée. Le Concierto de Aranjuez de Rodrigo, créé en 1940 par Regino Sainz de la Maza, reste le concerto pour guitare le plus enregistré, suivi de la Fantasía para un gentilhombre. Ces pièces sollicitent beaucoup les arpèges et le trémolo : le travail de la technique de main droite, du pouce au trémolo en conditionne l'accès.
Segovia et le répertoire du XXe siècle
Andrés Segovia (1893-1987) a fait de la guitare un instrument de récital international, de Paris à New York. Faute de répertoire, il commande des œuvres aux compositeurs de son temps : Manuel Ponce (sonates, Variations sur la Folia), Mario Castelnuovo-Tedesco, Alexandre Tansman, Heitor Villa-Lobos. Les 12 études (1929) et les 5 préludes (1940) de Villa-Lobos forment depuis le pilier du répertoire moderne.
Au Paraguay, Agustín Barrios Mangoré écrit La Catedral et Un sueño en la floresta, en virtuose qui joue lui-même ses pièces. Après la guerre, l'Anglais Julian Bream suscite de nouvelles commandes : le Nocturnal de Benjamin Britten, les Five Bagatelles de William Walton, le Guitar Concerto de Malcolm Arnold. Le Cubain Leo Brouwer, né en 1939, apporte les Estudios sencillos, l'Elogio de la danza et un langage contemporain accessible. Plus près de nous, Carlo Domeniconi (Koyunbaba) et Vicente Asencio (Collectici íntim) ont rejoint les programmes des concours.
Quelles œuvres choisir selon son niveau ?
Le répertoire se lit mieux par difficulté que par chronologie. Le tableau classe des pièces souvent proposées en conservatoire, à titre de repère : une même œuvre peut être simple à déchiffrer et difficile à bien sonner.
| Niveau | Œuvres repères | Ce qu'elles travaillent |
|---|---|---|
| Débutant | Carulli, pièces de l'opus 241 ; Sor, études faciles de l'opus 60 ; Brouwer, premiers Estudios sencillos | Arpèges simples, lecture, basse et mélodie |
| Intermédiaire | Carcassi, opus 60 ; Tárrega, Lágrima et Adelita ; Sanz, Canarios | Démanché, barrés, phrasé |
| Avancé | Villa-Lobos, préludes ; Albéniz, Asturias ; Bach, Prélude BWV 999 | Indépendance des doigts, couleurs, vitesse |
| Concert | Tárrega, Recuerdos ; Barrios, La Catedral ; Britten, Nocturnal ; Sor, opus 9 | Trémolo, endurance, construction d'un programme |
Pour les toutes premières années, une sélection plus fine existe avec dix pièces pour débutant commentées une à une.
Partitions gratuites et droit d'auteur
En France, une œuvre entre dans le domaine public 70 ans après la mort de son auteur (au 1er janvier suivant), avec des prorogations de guerre dans certains cas. Sor, Giuliani, Carcassi, Tárrega ou Llobet sont donc libres : leurs partitions originales se copient et se diffusent sans autorisation. Villa-Lobos (mort en 1959), Rodrigo, Ponce ou Brouwer restent protégés ; une édition gratuite de ces auteurs n'est légale que si l'éditeur ou les ayants droit l'autorisent. Une édition récente d'une œuvre ancienne peut aussi porter ses propres droits (doigtés, révision) : le document numérisé d'une édition du XIXe siècle est le plus sûr.
Plusieurs sources publient des partitions gratuites en document PDF :
- la bibliothèque IMSLP (Petrucci Music Library), qui numérise des éditions anciennes de Sor, Giuliani ou Coste ;
- la collection Boije de la bibliothèque musicale de Suède, plusieurs centaines de documents du XIXe siècle pour guitare ;
- le site de la classe de guitare classique Delcamp, avec un document gratuit par niveau et des pièces classées par difficulté ;
- le site This is Classical Guitar de Bradford Werner, qui propose des arrangements et des études en accès libre.
Avant d'imprimer, vérifier le nom de l'auteur, les dates et la mention de droit sur chaque document : un site de partage ne garantit pas que le téléversement soit légal, et la gratuité d'un fichier ne dit rien de son statut de droit.
Organiser son propre répertoire
Un répertoire personnel se construit comme un programme de concert : une pièce baroque ou une transcription, une étude du XIXe siècle, une œuvre espagnole, une pièce du XXe siècle. Ce mélange oblige à changer de toucher et d'articulation, ce qui fait progresser plus vite qu'enchaîner des pièces du même style. Garder trois listes aide : les pièces prêtes à jouer, celles en cours de travail, celles à déchiffrer. Pour apprendre la guitare classique facilement, mieux vaut alterner un exercice technique court et deux ou trois morceaux d'une même époque que multiplier les pièces ; les Gymnopédies d'Erik Satie, arrangées en ré majeur ou en mi mineur, offrent par exemple une pause lente et utile entre deux études. Noter sur chaque document la date de début et le genre de la pièce suffit pour suivre ses niveaux d'une saison à l'autre.
L'écoute fait partie du travail. Comparer Segovia, Julian Bream, John Williams et David Russell dans une même pièce de Tárrega montre à quel point le tempo, le vibrato et les couleurs relèvent de l'interprète. Pour ceux qui veulent un regard extérieur sur leur programme, il vaut la peine de trouver un professeur ou un cours adapté à son projet, notamment avant un examen ou un concours international.
Le répertoire guitare classique en quatre questions
Quels sont les compositeurs les plus célèbres pour la guitare classique ?
Fernando Sor, Mauro Giuliani et Francisco Tárrega pour le XIXe siècle ; Heitor Villa-Lobos, Joaquín Rodrigo, Agustín Barrios et Leo Brouwer pour le XXe siècle. Bach, Albéniz et Granados entrent au répertoire par la transcription.
Quelles œuvres sont incontournables ?
Recuerdos de la Alhambra de Tárrega, les 12 études de Villa-Lobos, le Concierto de Aranjuez de Rodrigo, La Catedral de Barrios, Asturias d'Albéniz et les études de Sor reviennent dans presque tous les cursus et programmes de concert.
Où trouver des partitions gratuites de guitare classique ?
Sur IMSLP, dans la collection Boije, sur le site Delcamp ou sur This is Classical Guitar, en document PDF. Seules les œuvres du domaine public, ou mises à disposition par leur auteur, peuvent être téléchargées légalement.
Par quelles pièces commencer ?
Par les pièces courtes de Carulli et de Sor, puis les premiers Estudios sencillos de Brouwer : elles travaillent la lecture, les arpèges et l'équilibre entre basse et mélodie sans demander de démanché.















