Une tendinite guitare naît presque toujours d'un poignet trop fléchi, d'un pouce qui serre et d'une pratique intensive sans pause : le tendon s'irrite et la douleur au poignet du guitariste s'installe. Chez le guitariste classique, corriger la posture assise et l'angle du manche règle déjà une grande partie du problème, bien avant les étirements.
Pourquoi le guitariste est exposé à la tendinite
La guitare demande au corps des gestes fins, répétés des centaines de fois par séance, souvent dans une position que personne n'adopterait spontanément. Un poignet se plie pour atteindre les cases graves, les doigts appuient sur les cordes pendant de longues minutes, l'autre bras reste suspendu au-dessus de la caisse. Chaque répétition sollicite les mêmes tendons, ces cordons fibreux qui relient les muscles de l'avant-bras aux os des doigts.
Une tendinite est une inflammation ou une souffrance de ce tissu. Elle apparaît quand la charge dépasse ce que le tendon peut encaisser et réparer entre deux séances. Les médecins qui suivent les musiciens parlent d'un syndrome de surmenage : ce n'est pas un geste isolé qui blesse, c'est l'accumulation. Le musicien qui prépare un concours, reprend l'instrument après une longue pause ou double son temps de travail avant une audition fait partie des profils les plus touchés.
Les troubles musculo-squelettiques du musicien ne concernent pas que la guitare classique. La guitare acoustique à cordes acier, la guitare électrique et la guitare basse posent les mêmes questions, avec des tensions de cordes et des manches différents. Le nylon, plus souple, pardonne un peu plus ; il n'empêche pas une mauvaise position de produire ses effets.
Quels sont les symptômes d'une tendinite chez le musicien ?
Le premier signe est une gêne localisée qui apparaît pendant le jeu et disparaît au repos. Elle se loge le plus souvent au niveau du poignet, sur la face externe de l'avant-bras ou à la base du pouce. Viennent ensuite une sensation de chaleur, une raideur au réveil, parfois un craquement discret quand le tendon glisse dans sa gaine.
Plusieurs tableaux reviennent chez les guitaristes :
- la ténosynovite de De Quervain : douleur au bord du poignet côté pouce, liée au long abducteur et au court extenseur du pouce, typique d'un pouce crispé à l'arrière de la touche ;
- l'épicondylite, le fameux « tennis elbow » : douleur au coude, face externe, quand le bras droit ou les extenseurs des doigts travaillent trop ;
- le syndrome du canal carpien : ce n'est pas une tendinite mais une compression du nerf médian, avec fourmillements des doigts, souvent la nuit ;
- la dystonie de fonction : perte de contrôle d'un doigt pendant le jeu, sans douleur, qui relève d'un tout autre suivi.
Une douleur persistante qui ne cède pas après quelques jours de repos, un gonflement visible ou des fourmillements imposent un avis médical. Le diagnostic appartient au médecin : seul lui distingue une tendinite d'une compression de nerf ou d'une atteinte articulaire.
Les causes : où se cache la mauvaise position
La cause la plus fréquente est la flexion prolongée du poignet gauche. Un manche trop bas, une guitare posée à plat sur la cuisse, un repose-pied mal réglé obligent le poignet à se casser pour que les doigts atteignent les cordes graves. Le tendon travaille alors en angle, dans une gaine comprimée.
Deuxième coupable, la pression excessive. Beaucoup de guitaristes appuient trois ou quatre fois plus fort que nécessaire pour faire sonner une note. Le pouce, placé derrière le manche, devient un étau. Une action trop haute aggrave la chose : si les cordes sont loin de la touche, chaque barré coûte un effort démesuré. Un réglage de l'action par un luthier soulage parfois plus qu'un mois d'exercices.
Troisième cause, la durée de jeu. Passer d'une demi-heure à trois heures par jour en une semaine, c'est demander au tendon une adaptation qu'il n'a pas le temps de faire. La fatigue s'installe, le geste se dégrade, la tension monte, et le cercle se referme.
Enfin, le corps entier compte. Des épaules remontées, un dos voûté, une respiration bloquée transmettent leur tension jusqu'au bout des doigts. Le bras qui écrase la caisse, le coude trop haut, l'avant-bras qui cherche un appui dur : autant de points de pression qui finissent sur les tendons.
Comment éviter la tendinite en jouant de la guitare ?
La prévention tient en quelques gestes simples, à vérifier à chaque session de travail plutôt qu'une fois pour toutes.
Régler la position assise
En guitare classique, la tête du manche monte à hauteur d'épaule ou un peu plus bas. Le repose-pied, ou mieux un support posé sur la cuisse, relève l'instrument sans tordre le bassin. Le poignet gauche doit rester presque dans l'axe de l'avant-bras : une légère courbe, jamais un angle franc. L'avant-bras qui pince repose sur l'éclisse par sa partie haute, sans appuyer.
Alléger la pression des doigts
Exercice simple : poser un doigt sur une corde, jouer la note en relâchant progressivement jusqu'à ce qu'elle frise, puis ajouter juste ce qu'il faut pour qu'elle sonne. Ce seuil est bien plus bas qu'on ne le croit. Le pouce gauche accompagne, il ne serre pas ; certains professeurs le font même décoller du manche quelques secondes pour vérifier que la note tient.
Fractionner le travail
Mieux vaut quatre sessions de vingt-cinq minutes qu'un marathon de deux heures. Une pause de quelques minutes toutes les vingt ou trente minutes laisse les tissus se détendre. Les passages difficiles, barrés et extensions, se travaillent en petites doses, au métronome et à tempo lent : la vitesse se construit par la détente, jamais par l'effort.
Monter la charge progressivement
Après une interruption, reprendre à faible dose et augmenter la durée d'une semaine à l'autre. Même règle quand on attaque un répertoire plus exigeant ou une guitare aux cordes plus dures.
Quels exercices et étirements pour soulager la tendinite ?
L'échauffement précède le jeu, les étirements le suivent. Les deux restent doux : aucun de ces gestes ne doit provoquer de douleur.
Avant de prendre la guitare, cinq minutes suffisent :
- rotations lentes des épaules, puis des poignets, dans les deux sens ;
- ouvrir et fermer les mains une dizaine de fois, doigts bien écartés ;
- passer l'eau tiède sur les mains en hiver, un muscle froid se blesse plus vite ;
- jouer ensuite quelques minutes de gammes lentes, sans barré, avant tout passage technique.
Après le travail, deux étirements de l'avant-bras reviennent chez tous les kinésithérapeutes qui suivent des musiciens. Bras tendu devant soi, paume vers le bas, l'autre main ramène doucement les doigts vers soi : les extenseurs s'étirent. Même position paume vers le haut : ce sont les fléchisseurs. Tenir une vingtaine de secondes, respirer, relâcher.
Ces exercices préviennent ; ils ne soignent pas une tendinite installée. Étirer un tendon déjà inflammé peut aggraver la lésion. En cas de douleur, c'est le repos relatif et l'avis d'un professionnel qui passent en premier.
Comment traiter la tendinite du musicien ?
Le traitement de la tendinite relève du médecin et du kinésithérapeute, pas d'un article. Quelques principes reviennent toutefois dans les témoignages de musiciens et les recommandations des consultations spécialisées.
Diminuer la charge vient d'abord : réduire nettement le temps de jeu, supprimer les passages qui déclenchent la douleur, sans forcément arrêter complètement. Le médecin peut ensuite proposer de la rééducation, parfois une attelle portée la nuit, plus rarement une injection. Il existe en France des consultations dédiées aux musiciens, souvent appelées médecine des arts, où l'on examine le geste avec l'instrument en main : c'est là que se repère une mauvaise habitude invisible au cabinet.
La reprise se fait par paliers, avec un travail sur la technique. Beaucoup de guitaristes profitent de cette période pour revoir l'attaque avec leur professeur : la technique de la main droite, butée ou pincée, se reconstruit alors sans crispation. Ignorer la douleur et continuer à jouer est la voie la plus sûre vers une tendinite chronique, qui peut éloigner de l'instrument pendant des mois.
Débutant ou confirmé : adapter la prévention à son niveau
L'élève débutant se blesse rarement par excès de vitesse, plutôt par excès de force. Faute de repères, il serre, maintient le poing crispé autour du manche et joue ses premiers morceaux avec un corps tendu de la nuque aux doigts. Pour lui, la bonne méthode consiste à apprendre tôt la détente : un professeur qui corrige la manière de tenir l'instrument dès les premières leçons évite bien des blessures plus tard. Choisir des morceaux faciles, sans barré, pendant les premiers mois, fait partie de cette prévention.
Le guitariste confirmé, lui, cumule les heures. Le geste répétitif, la préparation d'un concert, la lecture de partitions nouvelles à la chaise d'un pupitre mal réglé : ce sont ses zones de risque. Il connaît sa technique, mais il joue souvent au-delà de la fatigue. Pour progresser sans se blesser, il gagne à tenir un carnet de travail régulier, à noter les passages qui déclenchent une gêne et à revoir le mouvement concerné plutôt que de forcer.
Dans les deux cas, la santé de l'artiste passe avant la musique : aucune pathologie installée ne se règle en continuant à jouer comme avant. Ce guide ne remplace ni un avis médical ni un cours ; il rassemble les points qui reviennent chez les professeurs et les soignants. Relire cet article de temps en temps, guitare posée à côté, permet de vérifier que ses symptômes n'ont pas changé et que ses habitudes restent bonnes. Celui qui joue chaque jour depuis des années n'est pas à l'abri : c'est justement sa régularité qui l'expose.
Main gauche, main droite : deux risques différents
Côté gauche, le danger vient de la pression et de l'angle du poignet. Les barrés, les extensions sur les premières cases, les accords tenus longtemps concentrent la charge sur le pouce et les fléchisseurs. Ce poignet doit pouvoir bouger : un instrument qui oblige à le bloquer est mal placé.
Côté droit, le risque tient à la répétition. Trémolo, arpèges rapides, rasgueado en guitare flamenco sollicitent les extenseurs des doigts et le coude. Un bras droit qui appuie de tout son poids sur la caisse comprime l'avant-bras. Varier le répertoire d'une séance à l'autre répartit la charge sur plusieurs groupes de muscles.
Quelques conseils de guitariste à guitariste
Filmer sa séance de temps en temps révèle ce que le miroir ne montre pas : l'épaule qui monte pendant un passage difficile, la mâchoire serrée, le poignet qui se casse. Un cours de guitare avec un professeur attentif à la posture vaut souvent mieux que dix vidéos. Et une règle simple résume le reste : si un geste fait mal, il est faux, quel que soit le temps passé à le travailler. Le confort de jeu n'est pas un luxe, c'est ce qui permet de jouer longtemps.
















