Quatre points d'appui tiennent une guitare classique : la cuisse gauche, l'intérieur de la cuisse droite, la poitrine et l'avant-bras droit. La posture guitare classique répartit ces appuis pour que la main gauche et la main droite jouent libres, le dos droit et les épaules basses, sans que le guitariste retienne l'instrument.
- Position classique
- Assis au bord de la chaise, guitare sur la jambe gauche surélevée, manche incliné vers le haut, tête de la guitare à hauteur d'épaule.
- Surélévation
- Repose-pied sous le pied gauche, ou support posé sur la cuisse pour garder les deux pieds à plat.
- Signal d'alerte
- Une douleur à l'épaule, au poignet ou au bas du dos après une demi-heure de jeu signale une position incorrecte.
La position classique, appui par appui
La position dite classique a été fixée au XIXe siècle par les maîtres de la guitare espagnole, puis généralisée au XXe siècle par les concertistes. Elle diffère de la guitare folk à cordes acier, que l'on pose le plus souvent sur la jambe droite. Ici, la caisse repose sur la cuisse gauche, et c'est ce choix qui place le manche face à la main gauche et la rosace sous la main droite.
Les repères, du bas vers le haut :
- Le siège : une chaise ferme, sans accoudoirs, à une hauteur qui laisse les cuisses à l'horizontale. On s'assoit sur le tiers avant de l'assise, jamais adossé.
- Les pieds : le pied gauche surélevé (repose-pied) ou à plat (support), le pied droit à plat, légèrement écarté vers l'arrière pour stabiliser le bassin.
- Les jambes : la jambe gauche porte l'échancrure inférieure de la guitare ; la cuisse droite vient caler le bas de la caisse sur sa face intérieure.
- Le buste : droit, à peine penché vers l'avant ; le dos de la guitare touche la poitrine sans s'y écraser.
- Le bras droit : l'avant-bras se pose sur le bord supérieur de la caisse, près du chevalet, et retombe de lui-même vers les cordes.
- La tête de la guitare : à peu près à hauteur de l'épaule gauche ou des yeux, le manche incliné vers le haut d'environ 30 à 45 degrés.
Ce dernier repère est le plus souvent négligé. Un manche trop horizontal oblige le poignet gauche à se casser pour atteindre les premières cases ; un manche trop vertical éloigne les cases aiguës et fait remonter l'épaule. La bonne inclinaison est celle où le bras gauche pend naturellement et où la main arrive sur le manche sans effort.
Pourquoi la guitare se pose sur la jambe gauche
Poser la guitare sur la jambe gauche a un avantage mécanique simple : le centre de la caisse se retrouve au milieu du corps. La main droite attaque alors les cordes au-dessus de la rosace, là où le son est le plus rond, et la main gauche accède à toute la longueur du manche, de la première à la douzième case, sans déplacer l'instrument.
Le répertoire de la guitare classique exige cet accès. Une étude de Fernando Sor ou un prélude de Francisco Tárrega fait voyager la main gauche jusqu'aux positions hautes, avec des barrés et des extensions. En position folk, guitare sur la jambe droite, ces passages forcent l'épaule gauche à avancer et le poignet à se plier. La technique classique, qui joue au doigt et non au médiator, a aussi besoin d'un avant-bras droit stable : l'appui sur le bord de la caisse le lui donne.
Fernando Sor lui-même décrivait dans sa méthode une tenue où la guitare s'appuyait sur le bord d'une table, et Dionisio Aguado avait imaginé un trépied pour soutenir l'instrument. Le repose-pied s'est imposé plus tard, porté par les concertistes du XXe siècle. Cette histoire rappelle une chose utile : la position n'est pas un dogme, c'est une solution à un problème d'équilibre, et d'autres solutions existent.
Repose-pied ou support : maintenir la guitare surélevée
La jambe gauche doit monter pour que la tête de la guitare atteigne la bonne hauteur. Deux familles d'accessoires le permettent, et chacune a ses défenseurs parmi les professeurs.
| Accessoire | Principe | Point fort | Limite |
|---|---|---|---|
| Repose-pied réglable | Le pied gauche monte, la cuisse gauche aussi | Simple, léger, présent dans toutes les écoles de musique | Bassin asymétrique, tension lombaire sur les longues séances |
| Support à ventouses (type Ergoplay, Gitano) | Fixé sur le flanc de la guitare, il repose sur la cuisse | Les deux pieds restent à plat, dos symétrique | Ventouses sensibles au vernis et à la chaleur |
| Coussin de jambe (type Dynarette) | Un coussin ferme posé sur la cuisse gauche | Rien de fixé sur l'instrument | Hauteur peu réglable, peut glisser |
| Support en arceau posé sur la cuisse | Un cadre réglable entre la jambe et la caisse | Réglage fin de l'inclinaison, apprécié en enseignement | Plus encombrant à transporter |
Le repose-pied reste la porte d'entrée : il ne coûte presque rien et se règle en quelques crans. Il a pourtant un défaut reconnu par les kinésithérapeutes qui suivent des musiciens : une jambe plus haute que l'autre fait basculer le bassin, et la colonne compense par une torsion. Sur une demi-heure, le corps l'absorbe ; sur trois heures de travail quotidien, la tension s'installe dans le bas du dos et la hanche gauche.
Le support résout ce point en surélevant la guitare plutôt que la jambe. Les deux pieds posés au sol, le guitariste retrouve un dos symétrique, avec la guitare dans la même position qu'avec le repose-pied. Beaucoup d'élèves adultes y passent après quelques mois, et les professeurs qui accueillent des enfants le recommandent souvent dès le départ, surtout quand l'instrument est déjà à la bonne taille de guitare pour un enfant.
Tenir sa guitare : la main gauche, la main droite et les épaules
Une fois la guitare posée, tenir la guitare ne demande plus de force. C'est le critère de vérification le plus fiable : si l'on lâche les deux mains, l'instrument doit rester en place sur ses points d'appui, sans glisser ni basculer vers l'avant.
Position de la main gauche et du bras gauche
Le bras gauche pend depuis l'épaule, le coude libre, ni collé au corps ni écarté en aile. Le pouce se pose derrière le manche, à peu près face au majeur, pulpe du doigt contre le bois, sans dépasser au-dessus de la touche. Les doigts arrivent sur les cordes par le bout, arrondis, l'ongle presque perpendiculaire à la touche. Le poignet reste dans le prolongement de l'avant-bras, très légèrement avancé. Un poignet cassé à angle droit est la première cause de gêne chez le débutant.
Position de la main droite et du bras droit
L'avant-bras droit s'appuie sur le bord de la caisse, à peu près au niveau du chevalet, et c'est ce seul contact qui le porte : l'épaule droite n'a rien à soutenir. La main tombe au-dessus des cordes entre la rosace et le chevalet, le poignet légèrement arqué, les doigts pliés comme s'ils tenaient une balle. Le pouce joue en avant des autres doigts. Pour aller plus loin sur le pincé, le butée et le placement des doigts, une page détaille la technique de main droite au pincé et au butée.
Les épaules et la tête
Les deux épaules restent basses et au même niveau. La tête se tient dans l'axe de la colonne : regarder le manche se fait avec les yeux, pas en penchant le cou au-dessus de la guitare. Une petite inclinaison est normale ; une tête qui plonge vers la touche finit en douleur cervicale.
Questions de position que se posent les guitaristes
Peut-on jouer de la guitare classique debout ?
Oui, avec une sangle accrochée au bouton de caisse et à la tête, ou avec un harnais qui passe sous l'épaule. Les guitaristes classiques le font rarement en concert ou sur scène, mais c'est courant en musique de chambre, en accompagnement ou pour un musicien qui supporte mal la position assise. L'enjeu est de retrouver la même inclinaison du manche qu'en position assise, tête de la guitare à hauteur d'épaule.
Faut-il croiser les jambes pour jouer ?
Non. Croiser la jambe droite sur la gauche donne une position haute mais fait tourner le bassin et coupe la circulation au bout d'un moment. Cette tenue, fréquente chez les autodidactes, se corrige dès les premières séances.
Quelle est la meilleure hauteur de chaise ?
Celle où les cuisses sont horizontales quand les deux pieds sont à plat. Trop basse, les genoux remontent et le dos s'arrondit ; trop haute, le guitariste glisse vers l'avant. Un banc de piano réglable ou une chaise d'orchestre conviennent mieux qu'un fauteuil ou un canapé.
Un gaucher garde-t-il la même posture ?
Il la reproduit en miroir s'il joue sur une guitare inversée : guitare sur la jambe droite, repose-pied sous le pied droit. Beaucoup de gauchers jouent toutefois sur une guitare de droitier, avec la posture habituelle.
Éviter les douleurs en jouant
La douleur est le meilleur indicateur d'une position incorrecte. Elle apparaît rarement le premier jour : elle s'installe au fil des semaines, à mesure que le temps de travail augmente. Les zones touchées dessinent une carte des erreurs.
- Bas du dos : repose-pied trop haut, assise trop profonde ou dos voûté vers la guitare.
- Épaule gauche : manche trop bas, qui oblige à lever le coude et l'épaule pour atteindre les cases.
- Épaule droite : avant-bras qui ne repose pas sur la caisse et que l'épaule porte en permanence.
- Poignet gauche : poignet cassé, pouce qui serre le manche comme une pince.
- Cou : tête penchée pour surveiller la main gauche.
Trois habitudes limitent le risque. D'abord, s'échauffer quelques minutes avec des gestes lents avant de jouer vite. Ensuite, faire une pause régulière, au moins toutes les trente à quarante-cinq minutes, en se levant et en relâchant les bras. Enfin, se filmer de profil et de face de temps en temps : la caméra montre une épaule qui monte ou un dos qui s'arrondit que le guitariste ne sent plus. Quand une gêne persiste au poignet ou au coude malgré ces corrections, il faut consulter et lire les gestes à adopter pour prévenir une tendinite du guitariste.
Les erreurs de position à corriger tôt
Certaines erreurs reviennent chez presque tous les débutants, parce qu'elles donnent une sensation de contrôle au début. La plus fréquente consiste à incliner la guitare vers soi pour voir la touche. Le dessus de la caisse regarde alors le plafond, le bras droit perd son appui et la main droite attaque les cordes de biais. La table d'harmonie doit rester à peu près verticale, face au public.
Vient ensuite la guitare posée à plat sur la cuisse, manche horizontal, souvent sur la jambe droite comme en position folk. Elle fonctionne pour gratter quelques accords mais devient un frein dès qu'il faut jouer en position haute ou enchaîner des arpèges rapides. Autre erreur classique : serrer le manche avec le pouce gauche. La pression vient des doigts et du poids du bras, pas d'une pince pouce-doigts ; un pouce crispé fatigue toute la main en quelques minutes.
Enfin, beaucoup d'élèves s'installent sur le premier siège venu. Un canapé, un lit ou un tabouret de bar rendent la bonne tenue impossible, quelle que soit la volonté du musicien. Le cadre compte autant que le geste : une chaise ferme, un repose-pied ou un support, un pupitre à hauteur des yeux pour ne pas baisser la tête vers la partition.
Une posture qui change selon le style de musique
La manière de tenir l'instrument dépend du style joué autant que de la morphologie. En guitare flamenco, beaucoup de musiciens posent la caisse sur la cuisse droite, jambes croisées ou non, le manche presque horizontal : cette tenue sert le rasgueado et le jeu percussif, pas les longues lignes mélodiques du répertoire classique. En guitare électrique ou en guitare acoustique folk, la caisse plus fine ou plus large, la sangle et le jeu au médiator conduisent à une tenue sur la jambe droite, souvent plus basse.
Passer d'un style à l'autre demande donc de changer de façon de s'asseoir, pas seulement de changer d'instrument. Un guitariste qui vient de la guitare électrique retrouve vite ses repères sur une guitare classique s'il accepte, les premières semaines, une position qui lui paraît moins confortable. La sensation d'être moins à l'aise disparaît dès que la main gauche découvre l'accès aux cases aiguës que la position classique lui ouvre.
Du débutant au niveau intermédiaire
Au début, la priorité est de stabiliser la guitare : le guitariste débutant pense à ses appuis à chaque séance. Au niveau intermédiaire, quand le répertoire s'élargit (arpèges rapides, barrés, démanchés), la posture se règle plus finement : hauteur exacte du repose-pied, angle du manche, distance entre la poitrine et la caisse. Un élève intermédiaire qui progresse vite gagne souvent à revoir sa position avec un regard neuf, parce qu'une petite asymétrie tolérable à faible volume de travail devient gênante quand les séances s'allongent. L'expérience des écoles de musique va dans ce sens : la tenue se reprend à chaque nouveau palier technique.
Apprendre la position avec un professeur ou seul
La posture se règle plus vite avec un regard extérieur. Un professeur voit en quelques secondes ce que l'élève met des semaines à remarquer : un coude écarté, un pied mal placé, une guitare qui glisse. C'est l'un des arguments les plus solides pour choisir un cours de guitare classique en présentiel, au moins pour les premiers mois, avant de travailler seul ou avec des cours en ligne.
Les grandes méthodes de guitare classique, de la méthode de Sor à celle de Carulli et aux méthodes de pédagogie plus récentes, consacrent toutes leurs premières pages à la tenue de l'instrument. Cette place n'est pas un hasard : en pédagogie musicale, la posture précède le son. Les professeurs l'expliquent avec des images simples et la font vérifier à chaque leçon, avant même la première note.
Le guitariste autodidacte peut s'en sortir avec une méthode rigoureuse. Se placer face à un miroir, comparer sa position à celle de concertistes filmés en gros plan dans une vidéo de concert, vérifier les points d'appui un par un avant chaque séance. Une vidéo pédagogique bien faite montre la posture de profil et de face, ce qu'une photo ou un schéma ne permettent pas ; l'utilisation d'un tutoriel de chanson à la guitare, en revanche, apprend souvent une tenue folk qui n'est pas celle du répertoire classique. La position assise correcte devient un automatisme au bout de quelques semaines : on ne la pense plus, on la reprend en s'asseyant. C'est à ce moment que le travail technique peut vraiment avancer, parce que le corps ne lutte plus contre l'instrument.
Un dernier repère pour s'auto-évaluer : après une heure de jeu, une posture correcte laisse une fatigue musculaire légère dans les doigts, et rien d'autre. Si c'est le dos, le cou ou l'épaule qui parlent, la position est à revoir avant d'ajouter des heures de pratique.















